Pourquoi les banques agricoles échouent-elles souvent?
Plusieurs pays africains ont créé des banques agricoles publiques avec les mêmes intentions : combler le vide laissé par les banques commerciales, financer les producteurs, structurer les filières. Beaucoup ont pourtant échoué. Quels sont les facteurs qui expliquent l’échec des banques agricoles en Afrique?
Pas par hasard. Pas par malchance. Selon un schéma que l’on retrouve d’un pays à l’autre, d’une décennie à l’autre, avec une régularité qui devrait nous alerter.
Parmi elles, nous analyserons dans nos prochains articles quatre cas concrets : la BNDA au Mali, la CNCA au Sénégal, l’Agricultural Finance Corporation au Kenya, et la CNCA au Maroc avant sa réforme profonde. Quatre institutions, quatre contextes différents mais des dysfonctionnements étonnamment similaires.
Avant d’entrer dans chaque cas, voici les trois mécanismes d’échec qui reviennent systématiquement:
1. La capture politique du crédit: l’une des principales causes de l’échec des banques agricoles
La banque agricole publique est un outil puissant et malheureusement donc une cible. Les prêts deviennent des instruments de politique agricole, voire de clientélisme. Les critères d’octroi s’assouplissent sous pression. Les remises de dettes arrivent avant les élections. Par suite le portefeuille se dégrade, discrètement d’abord, puis massivement.
2. La confusion de mandat: un autre facteur expliquant l’échec des banques agricoles
Être viable financièrement et servir les exclus du marché : deux objectifs légitimes, mais structurellement contradictoires sans arbitrage clair. Sans règles du jeu explicites, la banque finit par mal faire les deux. Elle prête trop cher pour les petits producteurs. Pas assez cher pour couvrir ses risques réels. Et accumule des pertes que personne ne nomme.
3. L’absence de partage du risque agricole: une raison supplémentaire pouvant expliquer l’insuccès des banques agricoles
Financer l’agriculture sans assurance, sans fonds de garantie, sans données fiables sur les exploitations, c’est absorber seul un risque systémique. Quand la sécheresse frappe, tous les emprunteurs défaillent simultanément. Aucun bilan bancaire ne résiste longtemps à ça.
Ce que ces facteurs ne démontrent pas
Ils ne prouvent pas que les banques agricoles publiques sont une mauvaise idée par nature. Ils prouvent qu’une institution mal gouvernée, au mandat flou, sans mécanismes de couverture du risque, est condamnée quel que soit son pays, quel que soit son capital de départ.
C’est ce que les quatre cas suivants illustreront, chacun à sa façon.
Article rédigé par Consolat Hountin Kiki
