Les banques agricoles en Afrique : solution structurelle ou mirage institutionnel ?

Les banques agricoles en Afrique : solution ou mirage

Les banques agricoles en Afrique : solution structurelle ou mirage institutionnel ?

Depuis vingt ans, plusieurs pays africains ont relancé ou créé des banques agricoles pour répondre à un problème bien documenté : le sous-financement chronique d’un secteur qui représente parfois 30 voire 40 % du PIB et 70% de l’emploi dans nos pays.

Le raisonnement paraît simple et clair. Les banques commerciales prêtent peu au secteur. Les producteurs manquent de capital. Les chaînes de valeur restent fragmentées. Donc, créons une institution spécialisée.
Logique sauf que comme d’habitude la réalité est plus complexe que la théorie.

En effet, plusieurs banques agricoles créées dans le monde et notamment en Afrique, ont suivi un schéma prévisible : portefeuilles dégradés, interférences politiques, recapitalisations publiques répétées. Certaines ont survécu en se transformant. Beaucoup ont disparu ou végètent sous perfusion budgétaire.

Pourquoi la plupart des banques agricoles ont-elles des difficultés?

Parce que le financement agricole concentre dans un seul secteur tout ce que les banques évitent : risques climatiques systémiques et fortement corrélés, faible formalisation des exploitations, absence de garanties bancables, revenus saisonniers et volatils, etc.

Une banque agricole ne fait pas disparaître ces contraintes. Elle les absorbe; prenant le risque d’en devenir elle-même fragilisée.
Cela ne veut pas dire pour autant que la question est close. Certains modèles hybrides ont démontré leur viabilité, en combinant mandat public stratégique, gestion rigoureuse du risque, partenariats avec des fonds de garantie et des assureurs agricoles, et digitalisation des filières.
La question n’est donc pas « faut-il une banque agricole ? »

Mais : sous quelles conditions institutionnelles un tel outil peut-il réellement fonctionner sans compromettre la soutenabilité budgétaire, sans créer de dépendance structurelle, et en contribuant réellement à la transformation productive, à la souveraineté alimentaire et à la finance climat ?
C’est cela que nous analyserons dans cette série de post qui débute ce jour : la justification économique réelle des banques agricoles, les expériences africaines concrètes, les conditions d’un modèle viable et les signaux d’alerte à surveiller.

Consolat Hountin Kiki

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