Banques agricoles en Afrique: Pourquoi sont-elles essentielles?
En débutant cette série sur les « Banques agricoles en Afrique: enjeux, défis et perspectives », une question fondamentale apparaît devant nous à laquelle nous devons répondre avant de continuer :
Quelle défaillance de marché une banque agricole est-elle censée corriger ? Autrement dit, pourquoi faudrait-il créer une banque agricole?
En effet, créer une institution publique ou spécialisée n’est jamais neutre. Cela suppose que le marché, laissé à lui-même, n’alloue pas efficacement le capital. Plusieurs arguments sont donc généralement avancés pour justifier la nécessité de créer des banques agricoles à savoir :
L’asymétrie d’information : première raison justifiant la création des banques agricoles
En effet, les exploitations agricoles, souvent informelles, disposent de peu d’historique financier structuré. Les banques commerciales font donc face à une information incomplète, ce qui entraîne rationnement du crédit ou taux prohibitifs. Une banque agricole spécialisée peut investir dans la connaissance sectorielle, réduire les coûts d’information et mieux évaluer le risque.
Les externalités positives de l’agriculture: deuxième raison renforçant la pertinence de la création des banques agricoles
En dehors de l’asymétrie d’information, les externalités positives de l’agriculture justifient la création d’institutions spécialisées qui lui sont dédiées. Le secteur agricole produit en réalité bien plus que des revenus privés. Il contribue également à la sécurité alimentaire, à la stabilité sociale, à l’emploi rural et de plus en plus à la résilience climatique. Or ces bénéfices collectifs ne sont pas intégralement rémunérés par le marché. Un sous-investissement privé peut donc apparaître, déséquilibre qu’une banque agricole étatique saurait corriger.
Le risque systémique couplé à une coordination défaillante
Hormis les facteurs déjà évoqués, le financement agricole ne dépend pas uniquement de la solvabilité 1d’un producteur. Il dépend de la structuration des filières, de l’accès au marché, des infrastructures, de l’assurance, du foncier.
Lorsqu’aucun acteur ne prend l’initiative d’organiser cette coordination, l’investissement reste bloqué. Une banque agricole peut alors jouer un rôle d’architecte financier, en structurant des chaînes de valeur plutôt qu’en distribuant simplement du crédit.
Voilà donc quelques facteurs qui fondent les arguments allant pour la création des banques agricoles comme institutions spécialisées dans la mise en place des produits et services financiers destinés au secteur agricole.
Une question se pose à présent et mérite qu’on s’y attarde:
Les banques agricoles corrigent-t-elles réellement ces défaillances ? ou apportent-t-elles de simples solutions conjoncturelles ?
Le débat reste ouvert.
- Solvabilité: Capacité du producteur à rembourser le crédit qu’on lui octroie. ↩︎

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